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Deux obligations distinctes

Du point de vue du dirigeant qui vend, le droit des salariés en cas de cession se lit à travers deux obligations qu'il ne faut pas confondre :

  • Informer les salariés en amont d'un projet de vente, dans les petites entreprises, pour leur permettre de présenter une offre de reprise — c'est le dispositif issu de la loi dite Hamon.
  • Assurer le maintien des contrats de travail lorsque la vente change la personne de l'employeur, en application de l'article L. 1224-1 du Code du travail.

La première est une obligation de procédure, préalable à la vente ; la seconde est un effet automatique de la loi, qui s'impose après. Les deux relèvent des étapes structurantes d'une cession d'entreprise et doivent être anticipées dès la préparation du dossier.

L'information préalable des salariés

Ce dispositif oblige le dirigeant d'une petite entreprise à informer ses salariés d'un projet de vente, afin que ceux-ci puissent, s'ils le souhaitent, présenter une offre de reprise. Il repose sur deux séries d'articles du Code de commerce, selon la nature de l'opération :

Le champ, le délai et les modalités de ce dispositif ont été modifiés par la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique, applicable aux ventes conclues à compter du 27 juillet 2026. Au jour de la rédaction, le régime se présente ainsi :

  • Entreprises concernées. La procédure d'information directe vise les entreprises de moins de 50 salariés (le seuil était auparavant fixé à moins de 250 salariés).
  • Délai. Les salariés doivent être informés au plus tard un mois avant la vente (contre deux mois précédemment), sauf s'ils ont déjà fait connaître leur intention de ne pas présenter d'offre.
  • Modalités. L'information peut être délivrée par tout moyen conférant date certaine à sa réception : réunion, affichage, courrier, remise en main propre contre émargement ou acte de commissaire de justice.
  • Sociétés de 50 à 250 salariés dotées d'un CSE. Elles relèvent de l'information-consultation du comité social et économique, sans obligation d'information individuelle des salariés.

L'objectif du texte n'est pas de céder aux salariés, mais de leur donner l'occasion de se porter candidats. Le dirigeant reste libre de retenir l'offre qu'il juge la meilleure. Compte tenu des évolutions récentes, ces seuils et délais doivent être vérifiés au cas par cas avec un conseil : le mécanisme est décrit ici tel qu'il résulte des sources publiques au jour de la rédaction.

Le transfert automatique des contrats de travail

La seconde obligation ne dépend pas de la taille de l'entreprise. L'article L. 1224-1 du Code du travail prévoit que « lorsque survient une modification dans la situation juridique de l'employeur, notamment par succession, vente, fusion, transformation du fonds, mise en société de l'entreprise, tous les contrats de travail en cours au jour de la modification subsistent entre le nouvel employeur et le personnel de l'entreprise » (texte sur Légifrance).

Concrètement, la vente ne rompt pas les contrats : ancienneté, rémunération, qualification et clauses en cours sont maintenus de plein droit chez le repreneur. Le cédant ne peut pas licencier ses salariés au seul motif de la cession pour « présenter » une entreprise sans personnel.

Une distinction est ici décisive :

  • Cession de fonds de commerce. L'employeur change : l'article L. 1224-1 s'applique et opère le transfert des contrats vers l'acquéreur.
  • Cession de titres. C'est la société — donc l'employeur — qui reste identique ; seuls ses actionnaires changent. Les contrats se poursuivent sans qu'il soit besoin d'invoquer ce texte.

Cette réalité fait des équipes un actif au cœur de la due diligence : l'acquéreur examine les contrats, l'organisation et les dépendances humaines qu'il va reprendre en l'état.

Sanctions et confidentialité

Le manquement à l'information préalable est sanctionné. Lorsqu'une action en responsabilité est engagée, la juridiction saisie peut, à la demande du ministère public, prononcer une amende civile. Depuis la loi du 26 mai 2026, applicable aux ventes conclues à compter du 27 juillet 2026, son montant ne peut excéder 0,5 % du montant de la vente (le plafond antérieur était de 2 %).

D'où l'importance, pour le cédant, de conserver la preuve de la date à laquelle chaque salarié a été informé : c'est le moyen le plus simple d'écarter tout risque.

Le paradoxe de la confidentialité. Informer les salariés d'un projet de vente entre en tension avec la discrétion qu'exige une négociation. L'information légale porte sur le projet de céder, pas sur l'identité de l'acquéreur ni sur les termes de la transaction, et les salariés sont eux-mêmes tenus à une obligation de discrétion. Le calendrier doit être piloté pour respecter la loi sans déstabiliser l'entreprise ni la négociation.

En pratique, côté cédant

Ces obligations ne sont pas de simples formalités : bien gérées, elles sécurisent l'opération ; négligées, elles peuvent la fragiliser jusqu'au closing.

ObligationQuandCe que le cédant doit faire
Information préalableAvant la vente (petites entreprises)Informer les salariés par un moyen à date certaine et en garder la preuve
Information-consultation du CSEAvant la décision (si CSE)Consulter le comité selon ses attributions
Transfert des contratsAu transfert (cession de fonds)Laisser jouer L. 1224-1, ne pas licencier du fait de la cession
ConfidentialitéTout au longCadrer le périmètre de l’information et le calendrier

La bonne gestion de ce volet social fait partie intégrante d'un dossier de cession maîtrisé. C'est l'un des points que couvre notre méthode d'accompagnement et, plus largement, notre mission pour vendre son entreprise dans les meilleures conditions.

À retenir

Le dirigeant qui vend doit, dans les petites entreprises, informer ses salariés du projet de vente pour qu'ils puissent présenter une offre (articles L. 141-23 s. et L. 23-10-1 s. du Code de commerce). La loi du 26 mai 2026 a resserré ce dispositif : moins de 50 salariés, information au plus tard un mois avant, amende civile plafonnée à 0,5 % du prix.

Il doit aussi respecter le maintien des contrats de travail : en cas de cession de fonds, l'article L. 1224-1 du Code du travail transfère automatiquement les contrats au repreneur. Ces seuils et délais, récemment modifiés, se vérifient au cas par cas avec un conseil.

Questions fréquentes

Le dirigeant doit-il informer ses salariés avant de vendre l'entreprise ?

Dans les petites entreprises, oui : la loi dite Hamon impose d'informer les salariés d'un projet de vente pour leur permettre de présenter une offre de reprise (articles L. 141-23 et suivants du Code de commerce pour un fonds de commerce, L. 23-10-1 et suivants pour une cession de participation majoritaire dans une société). Le champ, le délai et les modalités ont été modifiés par la loi du 26 mai 2026 de simplification, applicable aux ventes conclues à compter du 27 juillet 2026 : la procédure simplifiée vise désormais les entreprises de moins de 50 salariés, avec une information au plus tard un mois avant la vente.

Les contrats de travail sont-ils maintenus après la vente ?

Lorsque la vente entraîne une modification de la situation juridique de l'employeur — notamment la cession d'un fonds de commerce — tous les contrats de travail en cours subsistent de plein droit avec le nouvel employeur, en application de l'article L. 1224-1 du Code du travail. En cas de cession des titres d'une société, l'employeur reste la même personne morale : les contrats se poursuivent sans changement, sans qu'il soit besoin de recourir à ce texte.

Quelle sanction en cas de défaut d'information des salariés ?

Lorsqu'une action en responsabilité est engagée à la suite d'un défaut d'information, la juridiction peut, à la demande du ministère public, prononcer une amende civile. Depuis la loi du 26 mai 2026 de simplification, applicable aux ventes conclues à compter du 27 juillet 2026, son montant ne peut excéder 0,5 % du montant de la vente. Il est donc essentiel de conserver la preuve de la date à laquelle chaque salarié a été informé.

Aller plus loin

Le volet social d'une cession se prépare comme le reste du dossier. Un conseil M&A cadre le calendrier d'information, la confidentialité et le transfert des équipes.

JS

Joel S.

Fondateur d'Experys · Conseil en fusion-acquisition depuis 2013

Joel S. accompagne des dirigeants de PME dans leurs opérations de cession, d'acquisition et d'évaluation, en France et en zone francophone.

Ces informations sont générales et ne constituent pas un conseil fiscal ou juridique personnalisé. Les sources publiques citées (Légifrance, service-public.fr) font foi au jour de la rédaction.

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