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Deux agrégats, deux traditions comptables

L’excédent brut d’exploitation (EBE) appartient à la comptabilité française : c’est l’un des soldes intermédiaires de gestion issus du plan comptable général. Son mode de calcul est normé — valeur ajoutée, augmentée des subventions d’exploitation, diminuée des impôts et taxes et des charges de personnel — et sa définition est stabilisée, au point que l’INSEE l’utilise comme agrégat de la statistique d’entreprise.

L’EBITDA (Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation and Amortization) vient de la pratique financière anglo-saxonne. Aucun texte comptable, français ou international, n’en fixe la définition : c’est un indicateur de gestion, dont le périmètre exact relève de conventions propres à chaque entreprise ou analyste.

Cette asymétrie est la première différence, et elle commande toutes les autres : deux EBE calculés par deux experts-comptables seront identiques ; deux EBITDA calculés par deux analystes peuvent différer. Nous avons consacré un article complet à la définition et au calcul de l’EBITDA.

Les différences techniques entre EBE et EBITDA

Sur une PME française, les deux agrégats aboutissent souvent à des montants voisins. Mais trois lignes du compte de résultat peuvent créer des écarts réels, qu’il faut savoir identifier.

La participation des salariés

L’EBE se calcule avant la participation des salariés : dans la cascade des soldes intermédiaires de gestion, la participation est présentée en bas du compte de résultat, avec l’impôt, et n’entre pas dans les charges de personnel retenues pour l’EBE.

L’EBITDA, construit en remontant du résultat net, réintègre l’impôt sur les bénéfices, le financier et les dotations — mais, dans la convention la plus courante, laisse la participation en déduction, en la traitant économiquement comme un coût du personnel. Dans une entreprise où la participation est significative, l’écart entre les deux agrégats peut être sensible.

Les autres produits et charges d’exploitation

Le calcul normé de l’EBE exclut les autres produits et autres charges de gestion courante (redevances, quotes-parts, produits divers) : ils n’apparaissent qu’au niveau du résultat d’exploitation. La plupart des conventions d’EBITDA, elles, les incluent lorsqu’ils sont récurrents.

Le traitement des dotations et provisions

L’EBE est calculé avant toutes les dotations d’exploitation — amortissements, dépréciations et provisions. L’EBITDA, littéralement, ne réintègre que les amortissements et dépréciations (depreciation and amortization) : le sort des provisions d’exploitation varie selon les conventions, certaines les excluant, d’autres non. C’est un point à clarifier systématiquement quand un EBITDA vous est présenté.

CritèreEBEEBITDA
CadreSolde intermédiaire de gestion du plan comptable généralAgrégat non normé, défini par convention
Participation des salariésCalculé avant participationParticipation le plus souvent déduite
Autres produits et charges d’exploitationExclusGénéralement inclus s’ils sont récurrents
DotationsAvant toutes dotations d’exploitationAvant amortissements et dépréciations ; provisions selon convention
ComparabilitéIdentique d’un calcul à l’autreVariable : exiger la définition retenue

Lequel utiliser pour valoriser une PME française ?

La réponse honnête : les deux se défendent, à condition de respecter une règle de cohérence. Un multiple s’applique à l’agrégat sur lequel il a été construit. Si vos références de multiples sont exprimées en EBITDA — ce qui est le cas des indices de marché et des acquéreurs financiers —, il faut valoriser un EBITDA ; si votre référentiel raisonne en EBE, il faut un EBE.

En pratique, pour une PME française :

  • Face à des repreneurs individuels et des experts-comptables, l’EBE reste la langue commune : il se lit directement dans la liasse fiscale et ne prête pas à discussion de périmètre.
  • Face à des fonds, des groupes ou des acquéreurs étrangers, l’EBITDA s’impose comme référence de travail — en annexant sa définition précise.
  • Dans tous les cas, l’écart entre les deux doit être connu et explicable : c’est un signe de maîtrise du dossier apprécié en négociation.

Le choix de l’agrégat ne change pas la démarche d’ensemble : méthodes croisées, fourchette de valeur, passage de la valeur d’entreprise à la valeur des titres. Cette démarche est décrite dans notre guide comment calculer la valeur d’une entreprise et sur notre page Évaluation d’entreprise.

Dans les deux cas : un agrégat retraité

Qu’il s’agisse d’EBE ou d’EBITDA, l’agrégat comptable brut n’est jamais celui qui sert à valoriser. Rémunération du dirigeant, loyers et conventions avec des entités liées, éléments non récurrents : les corrections à apporter sont les mêmes pour les deux agrégats, et elles doivent être documentées pièce à l’appui.

Ces retraitements font l’objet d’un article dédié — normaliser l’EBE avant une évaluation — dont la logique s’applique intégralement à un EBITDA. Retenez simplement qu’un débat « EBE ou EBITDA » est secondaire par rapport à la vraie question : l’agrégat présenté est-il normatif, documenté et défendable en due diligence ?

À retenir

L’EBE est normé par le plan comptable général ; l’EBITDA est une convention financière sans définition officielle. Leurs écarts techniques portent sur la participation des salariés, les autres produits et charges d’exploitation et le traitement des provisions.

Pour valoriser une PME française, le bon agrégat est celui de votre référentiel de comparaison — et surtout un agrégat retraité, explicite et cohérent avec le multiple appliqué.

Questions fréquentes

L’EBE et l’EBITDA donnent-ils toujours des montants proches ?

Souvent, mais pas systématiquement. Les écarts viennent de la participation des salariés, des autres produits et charges d’exploitation et du traitement des provisions. Sur une PME où ces lignes sont faibles, les deux agrégats convergent ; dès qu’elles pèsent, l’écart peut devenir significatif et doit être expliqué.

Pourquoi l’EBITDA n’est-il pas défini par le plan comptable ?

L’EBITDA est un indicateur d’origine anglo-saxonne, construit par la pratique financière et non par la réglementation comptable. Ni le plan comptable général français ni les normes internationales n’en donnent de définition officielle. Chaque entreprise qui le publie doit donc préciser son mode de calcul, contrairement à l’EBE dont le calcul est normé.

Quel agrégat un acquéreur regardera-t-il dans un dossier de cession ?

Les acquéreurs financiers et les groupes internationaux raisonnent le plus souvent en EBITDA, les repreneurs et experts-comptables français sont familiers de l’EBE. Dans les deux cas, ce qui compte est l’agrégat retraité, sa définition explicite et la cohérence entre l’agrégat retenu et le multiple qui lui est appliqué.

Aller plus loin

Une évaluation argumentée précise l’agrégat retenu, les retraitements effectués et la cohérence entre agrégat et multiples — pour aboutir à une fourchette défendable.

Demander une évaluation argumentée Comprendre l’évaluation d’entreprise

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Joel S.

Fondateur d'Experys · Conseil en fusion-acquisition depuis 2013

Joel S. accompagne des dirigeants de PME dans leurs opérations de cession, d'acquisition et d'évaluation, en France et en zone francophone.

Responsabilité éditoriale : Experys. Contenu informatif, sans conseil personnalisé ni chiffrage de valorisation. La source publique citée (INSEE) fait foi pour les définitions comptables.

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