C’est l’une des questions les plus fréquentes en fin de négociation, et l’une des plus mal comprises : à qui revient l’argent qui dort sur le compte de la société le jour de la signature ? La réponse tient en une mécanique simple, mais dont chaque ligne se négocie.
Sommaire
- Ce que « cash free, debt free » change pour vous
- Où passe la ligne entre trésorerie nécessaire et excédentaire
- De la valeur d’entreprise au prix des titres, ligne à ligne
- Distribuer avant la vente, ou vendre avec la trésorerie
- Vos comptes courants d’associés ne sont pas du prix
- Locked box ou comptes de closing : qui porte la variation
- Quatre erreurs qui coûtent cher
- Questions fréquentes
Ce que « cash free, debt free » change pour vous
Un acquéreur n’achète pas un compte bancaire : il achète une exploitation, c’est-à-dire une capacité à produire du résultat. C’est cette exploitation qu’il valorise, le plus souvent par un multiple d’un agrégat de rentabilité retraité. Le montant obtenu s’appelle la valeur d’entreprise. Il ne dépend ni de la façon dont la société est financée, ni de ce qu’elle a accumulé en banque.
Ce que vous encaissez, en revanche, c’est le prix des titres. On passe de l’un à l’autre en retranchant les dettes financières et en ajoutant la trésorerie. C’est la convention dite « cash free, debt free » : le vendeur est réputé livrer une société sans dette et sans trésorerie, et l’on corrige le prix de l’écart avec la réalité.
La conséquence pratique. Votre trésorerie excédentaire vous est bien payée, à l’euro près. Mais elle vous est payée, pas conservée : elle entre dans le prix et suit donc la fiscalité du prix, pas celle d’une distribution. C’est de là que naissent la plupart des malentendus de dernière minute.
Où passe la ligne entre trésorerie nécessaire et excédentaire
Toute la négociation se concentre sur un point : quelle part de la trésorerie l’exploitation ne peut pas se permettre de perdre. Cette part reste dans la société sans être payée en plus ; le solde est ajouté au prix.
La trésorerie nécessaire couvre le cycle d’exploitation : le décalage entre ce que vous payez et ce que vous encaissez, les creux saisonniers, la prochaine échéance de paie et de TVA, les acomptes fournisseurs. La trésorerie excédentaire est ce qui pourrait sortir demain sans gêner l’activité.
La méthode qui tient devant un acquéreur est factuelle. Reprenez vos soldes de trésorerie mensuels sur vingt-quatre mois, positionnez le point bas, ajoutez une marge de sécurité correspondant à un mois de décaissements. Ce que vous obtenez est le plancher défendable. Au-dessus, vous êtes en position d’argumenter ; en dessous, vous ne l’êtes pas.
L’acquéreur, de son côté, raisonnera en besoin en fonds de roulement normatif : il regardera si votre point bas n’a pas été maquillé par un retard de paiement fournisseurs ou par une facturation anticipée. Une société qui présente douze mois de soldes lissés et une explication de sa saisonnalité négocie mieux qu’une société qui présente une photo au 31 décembre.
De la valeur d’entreprise au prix des titres, ligne à ligne
Voici le passage complet, sur un cas volontairement fictif et arrondi. Les montants n’ont aucune valeur de référence : ils servent à montrer l’enchaînement des lignes.
| Ligne | Montant (exemple illustratif) |
|---|---|
| Valeur d’entreprise retenue | 4 000 000 € |
| Emprunts bancaires restant dus | − 600 000 € |
| Comptes courants d’associés | − 150 000 € |
| Dettes assimilées (crédit-bail restant dû, dividende voté non versé) | − 100 000 € |
| Trésorerie disponible au jour du closing | + 800 000 € |
| Trésorerie jugée nécessaire à l’exploitation | − 300 000 € |
| Prix des titres | 3 650 000 € |
Deux enseignements. D’abord, une seule ligne se discute réellement : les 300 000 € de trésorerie jugée nécessaire. Chaque euro déplacé sur cette ligne est un euro de prix. Ensuite, les dettes assimilées sont souvent découvertes tard : un dividende voté en assemblée mais non encore versé reste une dette de la société, et vient donc en déduction.
Pour construire la valeur d’entreprise en amont de ce tableau, voyez comment calculer la valeur d’une entreprise et, pour l’agrégat de départ, comment normaliser l’EBE.
Distribuer avant la vente, ou vendre avec la trésorerie
La question revient toujours : vaut-il mieux se verser un dividende avant de signer, ou laisser la trésorerie et la faire payer dans le prix ? La réponse dépend entièrement de la façon dont vous détenez vos titres.
Si vous détenez vos titres en direct
Au prélèvement forfaitaire unique, le dividende et la plus-value supportent le même taux global : 12,8 % d’impôt sur le revenu au titre de l’article 200 A du code général des impôts, augmentés des prélèvements sociaux, portés à 18,6 % sur les revenus de 2026 (taux publiés par Service-Public, vérifiés le 8 septembre 2026), soit 31,4 % au total.
Distribuer 500 000 € avant la vente vous laisse donc 343 000 € net, et diminue le prix de 500 000 €. Laisser ces 500 000 € dans la société augmente le prix d’autant, donc la plus-value, et le même taux s’applique. Le résultat est identique. L’arbitrage se joue ailleurs.
Il cesse d’être neutre dès qu’un abattement s’applique à la plus-value et pas au dividende : abattement pour durée de détention en cas d’option pour le barème, ou abattement fixe du dirigeant qui part à la retraite. Dans ces cas, mieux vaut que la trésorerie passe par le prix. Le raisonnement complet figure dans notre article sur l’impôt sur la plus-value de cession.

Si vous détenez vos titres par une holding
L’équation s’inverse. Le dividende remonté à une holding relevant du régime des sociétés mères n’est réintégré qu’à hauteur d’une quote-part de frais et charges de 5 % (article 216 du CGI), taxée au taux normal de l’impôt sur les sociétés, fixé à 25 % (article 219 du CGI). Coût effectif : environ 1,25 % du dividende.
La plus-value de cession de titres de participation, elle, supporte une quote-part de frais et charges de 12 % du montant brut de la plus-value (article 219, I-a quinquies du CGI), également taxée à 25 %. Coût effectif : environ 3 % de la plus-value brute.
Point de vigilance. Cet écart ne vaut que pour l’étage holding, et à condition que les conditions de chaque régime soient réunies, en particulier la durée de détention et la nature des titres. Le gain reste enfermé dans la holding : le jour où vous voudrez appréhender ces sommes personnellement, une seconde couche d’imposition s’appliquera. Faites chiffrer les deux scénarios avant de voter quoi que ce soit.
Trois conditions matérielles conditionnent toute distribution : des réserves distribuables suffisantes, une décision d’assemblée régulière, et une trésorerie qui reste compatible avec l’exploitation après le versement. Un dividende voté mais non versé au jour du closing ne vous enrichit pas : il devient une dette qui vient en déduction du prix, comme le montre le tableau précédent.
Vos comptes courants d’associés ne sont pas du prix
Un compte courant d’associé est une somme que vous avez prêtée à votre société. Ce n’est ni du capital, ni du prix : c’est une dette de la société envers vous, qui doit vous être remboursée. Elle est traitée comme une dette financière dans le passage à la valeur des titres, et remboursée au closing.
Ce qui compte pour vous n’est donc pas le prix affiché, mais le total encaissé le jour de la signature : prix des titres plus remboursement du compte courant. Deux offres au même prix des titres peuvent produire des encaissements très différents selon qu’elles prévoient ou non le remboursement immédiat du compte courant.
Vérifiez trois points avant de signer : la société a-t-elle la trésorerie pour rembourser, l’acquéreur apporte-t-il les fonds nécessaires, et le remboursement est-il conditionné à un évènement postérieur. Un compte courant remboursé « dès que la trésorerie le permettra » est un crédit vendeur qui ne dit pas son nom.
Locked box ou comptes de closing : qui porte la variation
Entre la signature de la promesse et le transfert effectif des titres, il s’écoule souvent plusieurs semaines. La trésorerie bouge. Deux mécanismes se partagent la pratique.
- Les comptes de closing. On arrête des comptes à la date du transfert, on constate la dette nette et le besoin en fonds de roulement réels, et l’on ajuste le prix après coup. Plus précis, mais l’ajustement se règle plusieurs mois après, et il ouvre une discussion supplémentaire.
- La locked box. On fige un bilan de référence à une date passée, et le prix ne bouge plus. En contrepartie, vous garantissez qu’aucune valeur n’est sortie depuis cette date, hors opérations expressément autorisées. La trésorerie produite entre la date de référence et le closing revient à l’acquéreur, sauf à prévoir un intérêt de portage.
Le choix n’est pas anodin pour une société saisonnière. Une locked box arrêtée sur un point haut de trésorerie vous est favorable ; arrêtée sur un point bas, elle vous coûte. C’est un paramètre de négociation à part entière, au même titre que le prix.
Quatre erreurs qui coûtent cher
- Sortir la trésorerie sans le dire. Dans une locked box, toute sortie non autorisée depuis la date de référence se rattrape à l’euro près, et abîme la confiance au pire moment.
- Confondre trésorerie et résultat distribuable. On ne distribue pas de la trésorerie, on distribue des réserves. Une société peut avoir de l’argent en banque et rien à distribuer.
- Oublier les dettes assimilées. Crédit-bail restant dû, dividende voté non versé, indemnités de fin de carrière non provisionnées : autant de lignes que l’acquéreur ajoutera à la dette nette.
- Négocier le prix avant d’avoir défini la dette nette de référence. Un accord sur la valeur d’entreprise sans définition écrite des postes retenus n’est pas un accord sur le prix.
Ces quatre points expliquent une bonne part de l’écart que l’on observe entre la valeur annoncée et la somme réellement encaissée. Nous l’avons détaillé sous un autre angle dans prix de cession et valeur estimée.
La structuration de la détention, elle, se décide bien avant la vente : c’est l’objet de l’apport-cession et du report d’imposition. Une fois le protocole signé, les marges de manœuvre sont refermées.
Questions fréquentes
La trésorerie de ma société est-elle comprise dans le prix de vente ?
Pas dans la valeur d’entreprise, qui ne porte que sur l’exploitation. Mais elle est ajoutée pour obtenir le prix des titres, à hauteur de sa part excédentaire. La part jugée nécessaire à l’exploitation reste dans la société sans supplément de prix.
Puis-je me verser un dividende juste avant de vendre ?
Oui, sous réserve de réserves distribuables suffisantes, d’une décision d’assemblée régulière et de l’accord de l’acquéreur si une promesse est déjà signée. L’intérêt dépend de votre mode de détention : neutre au prélèvement forfaitaire unique en détention directe, souvent favorable via une holding.
Que deviennent mes comptes courants d’associés ?
Ils vous sont remboursés, en principe au closing, et viennent en déduction du prix des titres puisqu’ils constituent une dette de la société. Vérifiez que le remboursement est bien immédiat et financé, faute de quoi il s’apparente à un paiement différé.
Comment prouver qu’une trésorerie est excédentaire ?
Par vos relevés mensuels sur vingt-quatre mois. Le point bas de trésorerie, augmenté d’une marge de sécurité, donne le plancher d’exploitation. Ce qui dépasse durablement ce plancher est excédentaire, et se défend chiffres à l’appui.
Cet article expose des principes généraux et des taux vérifiés au 8 septembre 2026. Il ne remplace pas l’examen de votre situation par vos conseils. Le traitement de la trésorerie se prépare en amont : c’est l’un des points que nous cadrons avec les dirigeants que nous accompagnons sur une évaluation d’entreprise.
