Le dirigeant d’une ESN qui cherche un classement du secteur prépare souvent, sans le dire encore, la vente de son ESN. Il veut savoir qui pourrait racheter sa société, et à quelle distance il se trouve de ces groupes. Le classement par chiffre d’affaires répond à la première moitié de la question ; il induit en erreur sur la seconde, parce que les plus gros ne sont pas ceux qui achètent le plus. Cet article donne le classement 2025 des ESN en France, explique pourquoi deux palmarès sérieux ne disent pas la même chose, puis liste les groupes qui rachètent effectivement des ESN de 5 à 50 M€. C’est cette seconde liste qui sert à préparer une cession.
Sommaire
- Le classement des ESN en France : le top 20 par chiffre d’affaires
- Pourquoi deux classements d’ESN ne disent pas la même chose
- Qui rachète les ESN : les groupes les plus actifs
- Une ESN de 7 M€ face à ce classement : qui l’achètera
- Quelles sont les meilleures ESN, vues d’un cédant
- Quel avenir pour les ESN : croissance faible, IA, sélectivité
- Ce que nous en retenons pour un dirigeant qui vend
- Questions fréquentes
Le classement des ESN en France : le top 20 par chiffre d’affaires
Le classement des ESN en France le plus complet est publié chaque automne par Numeum, le syndicat professionnel du numérique, avec KPMG. Il classe les entreprises de services du numérique et d’intégration (ESN et ICT) selon le chiffre d’affaires réalisé en France l’année précédente. L’édition d’octobre 2025 porte sur 2024 ; celle de 2026, sur l’exercice 2025, n’était pas publiée à la date de cet article.
| Rang | Société | CA France 2024 (M€) | Rang | Société | CA France 2024 (M€) |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Capgemini | 4 380 | 11 | Computacenter | 1 160 |
| 2 | SCC France | 2 925 | 12 | Inetum | 1 030 |
| 3 | Accenture | 2 606 | 13 | Docaposte | 825 |
| 4 | Sopra Steria | 2 440 | 14 | Neurones | 810 |
| 5 | Orange Business | 1 800 | 15 | Akkodis | 783 |
| 6 | Atos | 1 760 | 16 | Equans Digital | 699 |
| 7 | IBM France | 1 723 | 17 | Thales Services Numériques | 631 |
| 8 | CGI France | 1 548 | 18 | Cegedim | 593 |
| 9 | Alten | 1 360 | 19 | Spie ICS | 553 |
| 10 | Econocom | 1 230 | 20 | Kyndryl | 520 |
Le reste du top 50 descend jusqu’à 175 M€ (Néosoft, 50e). On y trouve des noms que les dirigeants d’ESN croisent plus souvent en rendez-vous que ceux du haut du tableau : Talan (21e, 510 M€), SII (26e), Open (29e), Astek (31e), Scalian (32e), Magellan Partners (33e, 365 M€), Adista (34e, 350 M€), Aubay (38e), Infotel (41e), Constellation (44e, 212 M€), Keyrus (49e).
Pourquoi deux classements d’ESN ne disent pas la même chose
Un dirigeant qui compare les palmarès trouve SCC deuxième dans l’un et absent du top 10 de l’autre. Ce n’est pas une erreur. Le classement Numeum-KPMG inclut les intégrateurs et distributeurs d’infrastructures (SCC, Econocom, Computacenter), dont une part importante du chiffre d’affaires vient de la revente de matériel et de logiciels. Le cabinet d’études PAC publie un top 10 des ESN centré sur les services informatiques, qui les écarte.
Sur l’exercice 2025, le top 10 de PAC s’établit ainsi : Capgemini, Sopra Steria, Accenture, Orange Business, Atos, CGI, Alten, Inetum, Neurones et IBM. Surtout, PAC relève que les six premières ESN du pays ont vu leur chiffre d’affaires France reculer en 2025 : Capgemini de 3,7 %, Sopra Steria de 1,1 %, Accenture de 0,8 %, Atos de 11,7 %, Inetum de 6,5 %. Alten a progressé de 4 % et Neurones de 6 %. Les leaders servent d’abord les grands comptes, qui ont le plus coupé dans leurs projets ; les acteurs intermédiaires et spécialisés ont mieux tenu.
Un troisième critère, rarement publié, compte davantage pour une cession : la rentabilité. Un classement par chiffre d’affaires place au même niveau une ESN à 4 % de marge d’exploitation et une autre à 12 %. Notre article sur la marge et la rentabilité d’une ESN explique comment la mesurer et ce qu’un acquéreur en déduit.
Qui rachète les ESN : les groupes les plus actifs
Le baromètre de Crescendo Finance et PAC, publié en janvier 2026, recense 475 rachats d’ESN en France entre 2019 et 2024. Trois caractéristiques ressortent : les acquéreurs sont des industriels dans 75 % des cas, 76 % des sociétés rachetées réalisaient moins de 15 M€ de chiffre d’affaires, et les fonds d’investissement concentrent 47 % de leurs opérations sur des ESN de plus de 50 M€.

| Acquéreurs les plus actifs 2019-2024 | Nombre de rachats | Rang au classement Numeum-KPMG |
|---|---|---|
| Magellan Partners | 12 | 33e |
| Koesio | 12 | hors top 50 |
| Accenture | 9 | 3e |
| Constellation | 7 | 44e |
| Adista | 6 | 34e |
La lecture croisée des deux tableaux est la plus utile de cet article. Hors Accenture, les acquéreurs les plus fréquents se classent entre la 30e et la 50e place, ou en dehors. Ceux qui figurent au classement réalisent entre 200 et 400 M€ en France et construisent leur taille par rachats successifs, souvent selon une logique de build-up. Les grands, eux, achètent moins souvent mais plus gros : en chiffre d’affaires cumulé racheté sur la période, Sopra Steria arrive en tête (518 M€), devant IN Groupe (400 M€), Accenture (311 M€) et CGI (246 M€).
Les multiples ont suivi le cycle : 13,9 fois l’EBITDA en moyenne en 2022, 7,5 en 2023, 9,2 en 2024. En 2024, la cybersécurité (11,9 fois) et la data et l’IA (11,4 fois) se sont payées nettement plus cher que l’infogérance d’infrastructures (6,3 fois). Pour transposer ces moyennes à une société précise, voyez notre article sur la valorisation d’une ESN.
Une ESN de 7 M€ face à ce classement : qui l’achètera
Cas type : une ESN lyonnaise de 60 consultants, 7 M€ de chiffre d’affaires, spécialisée en data et en pilotage de projets pour des ETI industrielles, avec un taux d’intercontrat maîtrisé et un premier client à 18 % du chiffre d’affaires. Le fondateur, 58 ans, veut céder dans les deux ans.

Les dix premiers du classement ne sont pas la bonne porte d’entrée : pour eux, 7 M€ représentent un rachat d’équipe, traité par une direction régionale, rarement au meilleur prix. Les acquéreurs naturels sont ailleurs. D’abord les groupes intermédiaires de 100 à 500 M€ qui cherchent une implantation à Lyon ou une compétence data ; ensuite les plateformes adossées à des fonds qui enchaînent les acquisitions de 3 à 15 M€ ; enfin quelques ESN régionales de taille comparable, pour qui l’opération serait une fusion plus qu’un rachat. Une recherche d’acquéreurs sérieuse sur ce profil aligne une trentaine de noms, dont une poignée seulement figure dans le top 20.
L’objection que nous entendons à ce stade : « Si Capgemini ne s’intéresse pas à nous, c’est que nous sommes trop petits pour être vendus. » Les chiffres disent l’inverse : les trois quarts des rachats d’ESN portent sur des sociétés de moins de 15 M€. La taille ne bloque pas la vente ; elle détermine la liste des acquéreurs et la manière de les approcher.
Quelles sont les meilleures ESN, vues d’un cédant
« Meilleure » dépend du critère : chiffre d’affaires, croissance, rentabilité, qualité de l’employeur. Pour un dirigeant qui vend, la bonne question est plus étroite : quel acquéreur a déjà intégré des ESN de ma taille sans perdre les consultants ni les clients ? Trois indices se vérifient avant la première rencontre :
- le nombre de rachats réalisés et le devenir des dirigeants cédés (sont-ils encore dans le groupe deux ans après ?) ;
- le maintien ou non des marques rachetées, qui dit beaucoup du degré d’intégration imposé ;
- la structure du financement : un groupe adossé à un fonds achète avec un horizon de revente de quatre à sept ans, ce qui change la nature des compléments de prix proposés.
Quel avenir pour les ESN : croissance faible, IA, sélectivité
Le marché des ESN en France a pesé 34,3 Md€ en 2025, en recul de 1,8 % après une année 2024 déjà étale. Numeum prévoit pour 2026 une croissance d’environ 1 % (34,6 Md€), bien en deçà des éditeurs de logiciels (+6,2 %). L’intelligence artificielle est l’autre donnée du moment : Numeum estime que les gains de productivité liés à l’IA dans les ESN passeront de 15 % à 22,3 % entre 2025 et 2027, tout en notant qu’ils restent difficiles à convertir en marge, puisqu’une partie est rétrocédée aux clients sous forme de baisse de prix.
Pour un cédant, la conséquence est simple : les acquéreurs sont devenus sélectifs. Une ESN de régie pure, facturée au temps passé, dont le métier est exposé à l’automatisation, se vend moins bien qu’en 2022. Une ESN qui détient une expertise rare, des contrats pluriannuels ou une part de revenus récurrents garde des acheteurs, et à des multiples supérieurs à la moyenne.
Ce que nous en retenons pour un dirigeant qui vend
Un classement ne se lit pas comme une liste d’acheteurs. Dans les dossiers d’ESN que nous voyons, l’erreur la plus fréquente est de réserver ses premiers contacts aux trois ou quatre noms les plus connus, souvent par l’intermédiaire d’un directeur de compte rencontré chez un client commun. Ces approches informelles aboutissent rarement, et elles font circuler l’information sur la vente dans le secteur. Nous préférons une liste construite à partir des rachats réellement réalisés, qualifiée acquéreur par acquéreur, approchée en même temps pour créer une vraie concurrence.
Deux sujets pèsent ensuite sur la valeur plus que le rang de l’acquéreur : la dépendance aux quelques consultants seniors qui portent la relation client, et la part de revenus récurrents. Si votre ESN mêle régie et contrats d’exploitation, notre article sur les contrats d’infogérance et le revenu récurrent montre comment présenter ce récurrent. Le reste, calendrier et choix des acquéreurs, se prépare dans le cadre d’une cession d’ESN accompagnée.
Questions fréquentes
Quelles sont les ESN en France ?
Les plus grandes par chiffre d’affaires réalisé en France sont Capgemini, SCC, Accenture, Sopra Steria, Orange Business, Atos, IBM, CGI, Alten et Econocom (classement Numeum-KPMG 2025). Le secteur compte aussi des centaines d’ESN de taille moyenne et de PME spécialisées, parmi lesquelles se recrutent la plupart des sociétés rachetées chaque année.
Quelles sont les meilleures ESN ?
Cela dépend du critère : taille, croissance, rentabilité ou qualité de l’employeur. En 2025, selon PAC, Alten (+4 %) et Neurones (+6 %) ont progressé en France quand les six premières ESN reculaient. Pour un cédant, la meilleure ESN acquéreuse est celle qui a déjà intégré des sociétés de sa taille en gardant les équipes.
Quel est l’avenir des ESN ?
Une croissance faible à court terme, autour de 1 % en 2026 selon Numeum après un recul de 1,8 % en 2025, et une transformation par l’IA, dont les gains de productivité sont encore difficiles à traduire en marge. Les ESN spécialisées (cybersécurité, data, IA) et celles à revenus récurrents restent les plus recherchées par les acquéreurs.
Qui rachète les ESN de taille moyenne ?
Surtout des industriels du secteur (75 % des 475 rachats recensés entre 2019 et 2024), en particulier des groupes de taille intermédiaire qui procèdent par acquisitions successives, comme Magellan Partners, Koesio, Constellation ou Adista. Les fonds d’investissement ciblent plutôt les ESN de plus de 50 M€ de chiffre d’affaires.
Sources (vérifiées le 30 septembre 2026) : ChannelNews, « Classement des 50 ESN et ICT les plus performantes en 2025 » (Numeum et KPMG, 20 octobre 2025) (channelnews.fr) ; ChannelNews, « Les 6 premières ESN du top 10 français accusent une décroissance en 2025 » (PAC, 2 juin 2026) (channelnews.fr) ; ChannelNews, « Baromètre des ESN : les multiples de valorisation ont rebondi en 2024 » (Crescendo Finance et PAC, 8 janvier 2026) (channelnews.fr) ; Solutions Numériques, « ESN : la fin de l’euphorie » (13 février 2026) (solutions-numeriques.com) ; Numeum et PAC, tendances du marché 2025 (numeum.fr) ; Le Monde Informatique, « Numeum prévoit 3 % de croissance du marché numérique en 2026 » (9 juillet 2026) (lemondeinformatique.fr).
La liste des acquéreurs d’une ESN se construit à partir des rachats réellement réalisés, pas du palmarès. Si vous envisagez de céder votre société de services numériques, notre page vendre une ESN présente notre méthode d’approche, et vous pouvez échanger avec un associé du cabinet sur les acquéreurs plausibles pour votre profil.
