« Combien gagne une entreprise de nettoyage ? » est la question que tapent chaque mois plusieurs centaines de personnes, et celle que nous posent, autrement, les dirigeants qui veulent vendre une entreprise de nettoyage : combien est-ce que je gagne vraiment, et est-ce que cela se voit dans le prix ? Cet article donne les ordres de grandeur publics du secteur, montre comment la marge se calcule contrat par contrat, reconstruit un compte de résultat type et explique ce qu’un acquéreur retraite avant de faire une offre.

Combien gagne une entreprise de nettoyage : les chiffres publics

La seule étude statistique complète sur le secteur reste celle de l’INSEE, publiée en mars 2018 (Insee Première n° 1690) sur les données 2015. Elle est ancienne, mais ses ratios de structure n’ont pas de raison d’avoir beaucoup bougé, et aucune source publique plus récente ne les a recalculés. Ce qu’elle dit :

  • Le nettoyage réalisait 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2015 avec 38 000 unités légales et 404 000 personnes, soit 294 000 équivalents temps plein.
  • Les consommations intermédiaires ne représentent que 31 % du chiffre d’affaires, contre 49 % dans l’ensemble des services aux entreprises : le nettoyage achète peu, il paie des salaires.
  • Le taux de marge (excédent brut d’exploitation rapporté à la valeur ajoutée) est de 10 %, contre 19 % dans les services aux entreprises.
  • La rentabilité économique reste pourtant plus élevée, 22 % contre 12 %, parce que le secteur immobilise très peu : 11 000 euros de capital par salarié.
  • Le salaire moyen est de 24 000 euros par an et par équivalent temps plein, et 44 % des salariés travaillent à temps partiel, deux fois plus que dans les services aux entreprises.

Les fédérations donnent l’image actuelle du volume. Le Monde de la Propreté, l’organisme de la Fédération des entreprises de propreté, recense plus de 15 000 entreprises employant au moins un salarié, plus de 600 000 emplois et 22 milliards d’euros de chiffre d’affaires. La croissance de l’activité s’est tassée à 2,5 % en 2023 contre 5,5 % en 2022, et la fédération relève une rentabilité dégradée par la hausse des coûts de production et la difficulté à la répercuter aux clients. En rapprochant les 15 milliards de 2015 des 38 000 unités légales, le chiffre d’affaires moyen ressort à environ 395 000 euros, mais cette moyenne mêle 34 000 micro-entreprises et 22 grandes entreprises qui font à elles seules un tiers du chiffre d’affaires. Elle ne décrit personne.

La marge se fabrique contrat par contrat : le calcul

Dans la propreté, le chiffre d’affaires est une somme de contrats, et la marge une somme de marges par contrat. Un acquéreur ne lit jamais la rentabilité globale sans la décomposer. Le calcul ci-dessous est celui que nous faisons dans un mandat de cession, pour chaque site. Les montants sont des hypothèses, à remplacer par vos propres chiffres ; le SMIC horaire brut est celui en vigueur depuis le 1er juin 2026, 12,31 euros.

Ligne (hypothèses pour un site de bureaux, 2 h par jour, 5 jours par semaine) Calcul Montant annuel
Heures vendues 2 h x 5 j x 52 semaines 520 h
Chiffre d’affaires du contrat 520 h x 24,00 € HT 12 480 €
Heures payées (congés, absences remplacées, déplacements entre sites : coefficient 1,15) 520 x 1,15 598 h
Salaire brut horaire (SMIC 12,31 € + prime d’expérience et minima conventionnels : 13,00 €) 598 h x 13,00 € 7 774 €
Charges patronales après réduction générale au voisinage du SMIC (hypothèse 30 %) 7 774 x 30 % 2 332 €
Produits et consommables (3 % du CA) 12 480 x 3 % 374 €
Encadrement de secteur, matériel, véhicule (9 % du CA) 12 480 x 9 % 1 123 €
Marge de contribution du site 12 480 – 7 774 – 2 332 – 374 – 1 123 877 € (7,0 %)

Le résultat tient dans trois variables. Le taux horaire facturé : à 22 euros au lieu de 24, la marge du site devient négative (environ moins 40 euros). Le coefficient d’heures payées : à 1,20 au lieu de 1,15, elle tombe à 3,5 %. Et le respect du temps vendu : si l’agent fait 2 h 15 par jour parce que le site est plus grand qu’au devis, le contrat perd de l’argent. C’est pour cette raison qu’un acquéreur demande les plannings et les pointages, pas seulement les factures. Nous avons décrit dans quels contrats vérifier avant d’acheter une société de nettoyage les neuf points qu’il lit dans chaque contrat ; ici, ce qui compte est que le cédant ait fait ce calcul avant lui, site par site.

Un compte de résultat type, du chiffre d’affaires à l’EBE

Les ratios de l’INSEE permettent de reconstruire un compte de résultat moyen du secteur, en base 100 de chiffre d’affaires. Le calcul est simple : les consommations intermédiaires représentent 31 % du chiffre d’affaires, la valeur ajoutée est donc de 69 % ; le taux de marge de 10 % s’applique à cette valeur ajoutée, ce qui donne un EBE de 6,9 % du chiffre d’affaires ; le reste de la valeur ajoutée, soit environ 62 %, correspond aux frais de personnel et aux impôts de production. Ce sont des moyennes de 2015, à lire comme un point de repère.

Compte de résultat type d’une entreprise de nettoyage, du chiffre d’affaires à l’EBE, en barres
Sur 100 euros de chiffre d’affaires, 31 partent en consommations intermédiaires, 62 en personnel et impôts, 7 restent en EBE.
Poste En % du chiffre d’affaires Lecture
Chiffre d’affaires 100 Somme des contrats
Consommations intermédiaires (produits, sous-traitance, véhicules, loyers, assurances) 31 INSEE 2015 ; les produits seuls pèsent le plus souvent 2 à 4 %
Valeur ajoutée 69 Ce que l’entreprise crée avec ses équipes
Frais de personnel et impôts de production environ 62 Déduit du taux de marge de 10 %
Excédent brut d’exploitation environ 7 10 % de 69

Sept pour cent, c’est la moyenne du secteur, grandes entreprises comprises. Dans les PME que nous accompagnons, la dispersion est large : nous voyons des sociétés régionales de 30 à 80 salariés à 12 ou 14 % d’EBE, portées par des contrats tertiaires bien tenus et un encadrement resserré, et des sociétés de même taille à 2 ou 3 %, qui vivent de marchés publics gagnés au prix le plus bas. La rémunération du dirigeant fait aussi bouger le chiffre : dans une entreprise de 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires, un dirigeant qui se paie 120 000 euros au lieu de 70 000 déplace 3,3 points d’EBE. C’est le premier retraitement que fait un acquéreur, et nous l’expliquons dans normaliser l’EBE avant une évaluation.

Ce que regardent les acquéreurs, et ce qu’ils retraitent

Un acquéreur de société de nettoyage ne paie pas un EBE, il paie la probabilité que cet EBE se reproduise sans le cédant. Sa lecture porte sur six points.

  • La marge par site, reconstituée à partir des heures réalisées. Un portefeuille dont 20 % des sites sont déficitaires vaut moins que son EBE global ne le laisse croire, parce que l’acquéreur devra renégocier ou abandonner ces contrats.
  • La durée et la reconduction des contrats : un contrat de trois ans reconductible pèse plus qu’un contrat à préavis d’un mois, et un marché public à 14 mois de son échéance est un risque, pas un actif.
  • Le taux d’encadrement (chefs d’équipe et inspecteurs par rapport aux agents) et le turnover : c’est ce qui permet au portefeuille de tenir sans le dirigeant.
  • Les indicateurs sociaux : absentéisme, part du temps partiel (44 % en moyenne dans le secteur selon l’INSEE), litiges en cours, régularité des visites médicales et des habilitations.
  • La concentration : trois clients qui font 60 % du chiffre d’affaires appellent une décote ou un complément de prix conditionnel.
  • Le mécanisme de transfert du personnel prévu par l’article 7 de la convention collective des entreprises de propreté (IDCC 3043). Il ne s’applique pas à la cession de la société elle-même, mais il détermine ce qui se passe à chaque perte ou gain de marché : l’entreprise entrante reprend les salariés en CDI affectés depuis au moins six mois sur le site et y consacrant au moins 30 % de leur temps, avec maintien de leur rémunération. L’acquéreur en déduit deux choses : perdre un contrat ne libère pas de la masse salariale correspondante si les conditions ne sont pas remplies, et gagner un contrat impose de reprendre des équipes qu’il n’a pas choisies.

Le retraitement de l’EBE suit. Outre la rémunération du dirigeant, l’acquéreur neutralise les subventions à l’embauche non récurrentes, les contrats signés avec des sociétés liées au cédant à des conditions hors marché, les loyers versés à la SCI du dirigeant, les véhicules et téléphones personnels, et les frais de personnel non déclarés en heures supplémentaires qui apparaîtront comme un rappel dans la garantie de passif. Il ajoute, à l’inverse, les coûts de l’encadrement qu’il faudra recruter si le cédant faisait lui-même les inspections de sites.

Le marché de la propreté et sa consolidation

Le marché français de la propreté se concentre par le haut. Selon le bilan des fusions-acquisitions publié par le cabinet Auris Finance en février 2025, les 50 premiers acteurs réalisent 7,4 milliards d’euros, soit environ 41 % d’un marché estimé à 18 milliards (la fédération retient 22 milliards sur un périmètre plus large incluant les services associés). L’opération la plus visible de 2024 est la reprise par Onet des activités d’ISS en France, finalisée le 10 avril 2024 : 14 000 salariés et 384 millions d’euros de chiffre d’affaires ajoutés, pour un groupe qui atteint 80 000 salariés et 2,3 milliards d’euros. La même année, Puissance 5 a repris Novasol en Île-de-France et Ciel Bleu a acquis MCS dans le Sud-Est, deux opérations de taille intermédiaire menées par des groupes régionaux.

Ce que cela change pour une PME de propreté qui se vend tient en trois points. D’abord, les acquéreurs sont surtout des opérateurs, pas des fonds : des groupes régionaux qui veulent une densité de sites sur un territoire, ou des groupes nationaux qui comblent un trou géographique ; le nettoyage industriel, la santé et l’agroalimentaire attirent des acquéreurs spécialisés qui paient les habilitations. Ensuite, la valeur pour un opérateur est dans la synergie de tournée : deux portefeuilles de sites proches se gèrent avec un seul encadrement, ce qui fait que votre EBE vaut plus pour lui que pour vous. Enfin, la logique de build-up s’installe aussi dans la propreté, avec des groupes qui enchaînent les acquisitions de PME de 1 à 10 millions d’euros de chiffre d’affaires ; pour ces acquéreurs, la qualité des données par site (heures, marges, plannings) est un critère de prix, parce qu’elle conditionne l’intégration.

Il n’existe pas de classement fiable des entreprises de nettoyage au-delà des quelques groupes qui publient leur chiffre d’affaires, et nous n’en proposons pas. Ce qui compte pour un cédant n’est pas de savoir s’il est 300e ou 500e, mais quels sont les trois ou quatre groupes qui ont besoin de sa zone et de son type de clientèle. Nous décrivons dans valorisation d’une entreprise de nettoyage comment ces éléments se traduisent en prix.

Cas type : une société de 45 salariés, 1,9 M€ de chiffre d’affaires

Cas anonymisé, chiffres arrondis. Une société de nettoyage de locaux tertiaires et de copropriétés, en périphérie d’une grande ville, emploie 45 salariés dont 38 agents, 2 chefs d’équipe et une assistante, pour 1,9 million d’euros de chiffre d’affaires sur 62 sites. EBE comptable : 95 000 euros, soit 5 %. Le dirigeant, qui fait lui-même les inspections et les devis, se rémunère 110 000 euros.

Étape Montant Commentaire
EBE comptable 95 000 € (5,0 %)
Rémunération du dirigeant ramenée à un directeur d’exploitation (75 000 € chargés) + 35 000 € Retraitement classique
Recrutement d’un inspecteur pour remplacer le dirigeant sur les contrôles de sites – 42 000 € Coût que l’acquéreur devra supporter
Loyer de l’entrepôt versé à la SCI du dirigeant, sous le prix de marché – 6 000 € Ramené à la valeur de marché
Sept sites déficitaires identifiés dans l’analyse par contrat (marge cumulée – 18 000 €) 0 € Non retraité, mais renégociation exigée avant closing sur quatre d’entre eux
EBE normalisé 82 000 € (4,3 %)
Après renégociation de quatre contrats (+ 14 000 €) 96 000 € (5,1 %) Réalisée pendant les six mois de préparation

Ce dossier illustre le point que nous répétons aux cédants : l’EBE affiché n’est pas l’EBE payé. Le retraitement de la rémunération du dirigeant, positif, a été plus que compensé par le coût de le remplacer sur les inspections. Ce qui a fait remonter la valeur, ce n’est pas la négociation avec l’acquéreur, c’est la renégociation de quatre contrats déficitaires six mois avant. Le dirigeant avait toujours su que ces contrats perdaient de l’argent ; il ne l’avait jamais chiffré. Le calcul par site l’a obligé à choisir entre les renégocier et les perdre, et deux clients ont accepté une hausse de 8 %.

Les erreurs qui abîment la rentabilité, puis le prix

  • Vendre des heures sans mesurer les heures réalisées. Le décalage se voit dans la masse salariale, pas dans la facturation, et l’acquéreur le trouvera dans les pointages.
  • Ne pas revaloriser les contrats à chaque hausse du SMIC et des minima conventionnels. Le SMIC a été revalorisé au 1er janvier puis au 1er juin 2026 ; un contrat sans clause d’indexation a perdu sa marge en deux ans.
  • Répondre à des marchés publics au prix plancher pour faire du volume. Le chiffre d’affaires monte, l’EBE baisse, et l’acquéreur ne paie que l’EBE.
  • Faire tout reposer sur le dirigeant : devis, inspections, relations clients. Le coût de son remplacement se déduit de l’EBE normalisé, comme dans le cas type.
  • Laisser la trésorerie masquer le problème. Un client tertiaire paie à 45 jours et les salaires tombent le 5 du mois : une entreprise peut être en tension de trésorerie avec un bon EBE, ou à l’aise avec un mauvais, selon la saison.
  • Attendre le dernier moment pour renégocier les sites déficitaires. Une renégociation prend six mois ; un acquéreur en audit ne vous laisse pas ce temps.

Questions fréquentes

Combien gagne une entreprise de nettoyage ?

En moyenne, un excédent brut d’exploitation proche de 7 % du chiffre d’affaires, déduit des ratios de l’INSEE (valeur ajoutée de 69 % du chiffre d’affaires, taux de marge de 10 %). Une PME de 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires dégage donc, en moyenne, un EBE d’environ 100 000 euros avant rémunération du dirigeant si celle-ci est comptée en charges. Les écarts vont de 2 à 14 % selon la qualité des contrats et de l’encadrement.

Quelle est la marge d’une entreprise de nettoyage ?

Le taux de marge du secteur (EBE sur valeur ajoutée) est de 10 % selon l’INSEE, contre 19 % pour l’ensemble des services aux entreprises. Par contrat, la marge de contribution avant frais de structure se situe le plus souvent entre 5 et 15 % du chiffre d’affaires du site, et dépend du taux horaire facturé, du coefficient d’heures payées sur heures vendues et du respect du temps prévu au devis.

Quel est le chiffre d’affaires moyen d’une entreprise de nettoyage ?

Environ 395 000 euros en rapportant les 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires de 2015 aux 38 000 unités légales recensées par l’INSEE, mais cette moyenne mêle 34 000 micro-entreprises et 22 grandes entreprises qui réalisent un tiers du total. Les PME de propreté qui se vendent font le plus souvent entre 1 et 10 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Le nettoyage est-il un secteur rentable ?

Sa rentabilité économique (résultat rapporté aux capitaux engagés) est élevée, 22 % contre 12 % dans les services aux entreprises selon l’INSEE, parce que le secteur immobilise très peu. Sa marge sur chiffre d’affaires est en revanche faible, et elle s’est dégradée en 2023 avec la hausse des coûts que les clients n’ont pas toujours accepté de répercuter. C’est un métier rentable pour qui tient ses heures et ses tarifs, contrat par contrat.

Sources (vérifiées le 24 septembre 2026) : INSEE, Insee Première n° 1690, « Le secteur du nettoyage » (mars 2018, données 2015) ; Le Monde de la Propreté, chiffres clés du secteur ; Services Propreté, « la croissance de la propreté se tasse en 2023 » ; Auris Finance, bilan des fusions-acquisitions 2024 dans la propreté (février 2025) ; Groupe Onet, acquisition des activités d’ISS en France (10 avril 2024) ; article 7 de la convention collective nationale des entreprises de propreté et services associés (IDCC 3043) ; Code du travail numérique, conditions du transfert en cas de changement de prestataire ; Service-Public, revalorisation du SMIC au 1er juin 2026. Les taux horaires, coefficients et pourcentages du calcul par contrat sont des hypothèses du cabinet.

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